Quand on rejoint une mission comme celle proposée par Impulso, on arrive souvent avec beaucoup d’envie. L’envie d’aider, d’être utile, d’apporter quelque chose de concret. Mais toutes nos bonnes intentions sont-elles réellement alignées avec la réalité des femmes que nous accompagnons ?
Engagées avec l’association sur le terrain de Campeche, au Mexique, cela fait maintenant trois mois que Camille et Domitille accompagnent des micro-entrepreneuses. Elles sont toutes plus inspirantes les unes que les autres, avec des parcours, des projets et des problématiques très différents.
On pense parfois qu’aider l’autre, c’est trouver une solution et la mettre en place. Trouver des réponses immédiates, aller vite, résoudre, corriger, optimiser. Pourtant, sur le terrain, on comprend assez vite que l’essentiel est ailleurs. Accompagner, ce n’est pas faire à la place de l’autre, c’est construire avec.
Accompagnement des femmes entrepreneuses : ce que cela signifie vraiment
Dans le cadre de notre mission, notre rôle n’est pas d’apporter « la bonne réponse ». L’idée est plutôt de créer les conditions pour que cette réponse émerge, soit comprise et surtout appropriée.
C’est une logique de partage de compétences et de réflexion commune qui se met en place afin de trouver ensemble des solutions adaptées aux réalités de chaque entrepreneuse.
Les bénéficiaires que nous accompagnons possèdent déjà leurs compétences, leur expérience, leur résilience et leur connaissance du terrain. Elles n’ont pas besoin que l’on fasse à leur place. Elles ont besoin d’un regard extérieur, d’outils, de méthodes et d’un espace pour structurer leurs idées et prendre du recul.
Le rôle du volontaire n’est donc pas d’être un héros invisible. Il est d’être un facilitateur qui aide la bénéficiaire à se poser les bonnes questions. Il apporte une méthode, transmet des outils et favorise l’autonomie plutôt que de fournir des solutions toutes faites.
La tentation de faire à la place des femmes
Lorsque nous travaillons avec nos bénéficiaires, la tentation est grande de vouloir aller vite. Créer directement leur logo, refaire entièrement leur page Facebook, construire leur tableau Excel, réorganiser leur stratégie de prix, rédiger leurs messages ou prendre les décisions à leur place.
Après tout, cela semble plus simple, plus rapide et parfois même plus efficace.
Mais si nous faisons tout pour elles, que reste-t-il une fois que nous partons ? Souvent très peu.
Un beau site internet peut exister, une page Facebook peut être perfectionnée, une stratégie peut être pensée… mais si la personne ne se l’est pas appropriée, si elle ne comprend pas comment l’utiliser et si elle n’a pas participé au processus, alors l’impact reste fragile et temporaire.
Ce que nous avons compris sur le terrain, c’est que notre accompagnement ne se mesure pas à ce que nous produisons, mais à ce que l’autre devient capable de faire seule ensuite.
Faire avec : une approche durable de l’accompagnement des femmes entrepreneuses
Faire avec demande souvent plus de patience que de faire pour.
Cela suppose d’écouter avant de proposer, de comprendre la réalité quotidienne de la personne : ses contraintes, son rythme, ses peurs, ses priorités et ses urgences. Ce qui nous paraît évident ne l’est pas toujours pour une entrepreneuse qui gère seule son activité, sa famille, ses finances et parfois plusieurs emplois à la fois.
Faire avec elles, c’est aussi accepter d’avancer plus lentement. C’est parfois passer une heure sur un détail qui semble simple : comprendre comment calculer un prix juste, apprendre à utiliser Canva, organiser un catalogue sur WhatsApp Business ou publier régulièrement sur Instagram et Facebook.
Ces avancées peuvent sembler modestes. Pourtant, c’est précisément là que se construit l’autonomie.
Sur le terrain, nous nous sommes également rendu compte que nos modes de vie occidentaux sont loin d’être une réalité universelle, et c’est une richesse. Les rythmes de vie, les priorités, les façons de travailler, de créer du lien ou de prendre des décisions diffèrent profondément.
Là où certains excellent dans l’anticipation, la structure et l’efficacité, d’autres possèdent une capacité remarquable à préserver le temps humain : celui de la discussion, de la présence, de la spontanéité et de la relation.
Prendre le temps n’est pas toujours facile. Depuis nos études, nous sommes souvent formés à rechercher l’optimisation, l’efficacité et la rapidité.
Pourtant, à vouloir tout optimiser, nous risquons parfois d’oublier l’essentiel. Observer, écouter, comprendre et laisser les choses se construire naturellement font aussi partie d’un accompagnement de qualité.
Accompagner des femmes entrepreneuses, c’est aussi accepter l’imperfection
Faire avec implique également d’accepter que tout ne soit pas exactement comme nous l’aurions imaginé.
Le logo ne sera peut-être pas celui que nous aurions choisi. La publication ne suivra pas parfaitement les codes esthétiques que nous connaissons. Le tableau Excel ne sera pas entièrement automatisé.
Mais ce n’est pas le sujet.
L’objectif n’est pas de créer quelque chose de parfait selon nos standards. L’objectif est de construire quelque chose de durable selon leur réalité.
Et cela demande parfois de mettre de côté notre propre vision de ce qui est « bien » pour laisser émerger une solution qui leur ressemble réellement.
Ce que le terrain nous apprend
Sur le terrain, on découvre que l’impact ne se voit pas toujours immédiatement. Il est souvent discret.
Il se cache dans une motivation retrouvée, dans une entrepreneuse qui ose enfin augmenter ses prix ou présenter son travail avec davantage de confiance. Ce sont parfois de petites victoires invisibles de l’extérieur, mais immenses pour celles qui les vivent.
Et c’est peut-être là que réside le véritable sens de l’accompagnement.
Notre mission avec Impulso dépasse largement le cadre professionnel. Elle nous interroge sur notre manière d’aider, dans le travail, dans les projets solidaires et plus largement dans les relations humaines.
Nous confondons parfois aide et contrôle, soutien et substitution. Pourtant, accompagner réellement demande souvent plus d’humilité que d’expertise. Cela implique d’accepter de ne pas être indispensable, de ne pas être au centre pour permettre à l’autre d’y être pleinement.
Faire avec plutôt que faire pour : c’est sans doute l’une des plus grandes leçons que nous retenons de cette expérience.
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