Depuis plusieurs mois, Alix et Pénélope réalisent leur mission de volontariat avec Impulso au Guatemala. À travers l’accompagnement de femmes entrepreneuses en situation de précarité, elles découvrent une réalité essentielle à toute démarche de développement local : la confiance.
Au-delà des outils et des compétences transmises, leur expérience met en lumière l’importance du temps, de l’écoute et des relations humaines dans la réussite d’un accompagnement solidaire.
Elles nous partagent ici leurs observations et leurs apprentissages sur le terrain.
Le rôle central de la confiance dans notre volontariat au Guatemala
Depuis notre arrivée au Guatemala, nous apprenons peu à peu à connaître les personnes que nous accompagnons et à comprendre les dynamiques locales. Très vite, une thématique s’est imposée à nous : celle de la confiance. Un concept qui, ici, se révèle plus complexe et plus nuancé que ce que nous avions imaginé.
Elle ne se construit pas de manière immédiate, mais s’inscrit dans le temps, à travers des interactions répétées et une présence régulière. Là où, dans d’autres contextes, la confiance peut parfois se créer rapidement, ici elle semble se gagner progressivement, presque silencieusement.
Comprendre l’histoire du pays pour mieux vivre son volontariat au Guatemala
Cette relation à la confiance ne peut se comprendre sans prendre en compte l’histoire du pays. Le Guatemala a été marqué par une guerre civile qui a duré plus de trente ans, entre 1960 et 1996, laissant des cicatrices profondes dans les communautés.
Cette période de violence, de méfiance et parfois de divisions internes a durablement influencé les relations sociales. Aujourd’hui encore, on ressent une certaine prudence dans les interactions, notamment envers les personnes extérieures à la communauté.
Dans ce contexte, la famille occupe une place centrale. Elle constitue le premier cercle de confiance, souvent le seul véritable espace de sécurité. À l’inverse, les personnes extérieures sont abordées avec réserve. La peur d’être jugé, trahi ou de voir ses idées reprises sans reconnaissance est bien présente. Il existe aussi une inquiétude plus diffuse : celle de se rendre vulnérable face à quelqu’un que l’on connaît peu.
Quand la confiance devient un enjeu de l’accompagnement
À cela s’ajoute une autre dimension : la peur du regard des autres. Dans les échanges, il est parfois difficile d’admettre une erreur, de dire que l’on ne sait pas ou de partager une difficulté. Cette retenue peut donner l’impression d’une certaine distance, mais elle traduit surtout une volonté de se protéger du regard d’autrui.
Cela se reflète directement dans notre manière d’accompagner les femmes. Les formats collectifs fonctionnent particulièrement bien, car ils permettent de créer un cadre rassurant. Le groupe agit comme un espace de soutien où la confiance se construit progressivement entre pairs.
À l’inverse, les accompagnements individuels peuvent être plus difficiles à initier, surtout au début, car ils impliquent une relation plus directe et plus intime.
Le volontariat au Guatemala nous apprend la patience
Dans ces espaces collectifs, la confiance se tisse aussi à travers le temps : le fait de se voir chaque semaine, de reconnaître des visages familiers et de partager des expériences communes. La régularité devient alors un élément clé pour instaurer un climat sécurisant.
Nous avons également observé que, malgré une grande gentillesse et un accueil souvent très chaleureux, la parole se libère avec le temps. Lors de nos ateliers, les femmes partagent rarement leurs difficultés ou leurs réalités personnelles dès le départ. Il faut plusieurs rencontres, des échanges répétés et un climat bienveillant pour qu’elles se sentent suffisamment en confiance pour s’ouvrir.
Lorsque cela se produit, ces moments sont d’une grande richesse et témoignent de la force du lien qui s’est créé.
Le silence joue d’ailleurs un rôle tout aussi important que la parole. Beaucoup de choses passent par l’observation, les gestes et les regards. Ce qui n’est pas dit au début est souvent tout aussi révélateur que ce qui est exprimé plus tard. Apprendre à lire ces signaux fait aussi partie de notre apprentissage ici.
Les réalités sociales rencontrées lors d’une mission de volontariat au Guatemala
Enfin, la question de la confiance semble également liée aux contextes sociaux. Les femmes que nous accompagnons individuellement ont souvent un niveau de vie légèrement plus élevé, mais même dans ce cadre, la prudence reste présente.
Les rendez-vous ont généralement lieu dans des espaces neutres, comme des cafés ou des lieux de travail, et plus rarement au domicile. Lorsqu’elles nous y accueillent, cela se fait souvent dans un espace dédié, à distance de la sphère familiale plus intime.
Nous observons aussi certaines nuances entre les zones rurales et les environnements urbains. Dans les villages, les liens communautaires sont souvent plus forts, mais la méfiance envers les personnes extérieures peut être encore plus marquée. En ville, les interactions sont parfois plus nombreuses, mais aussi plus rapides et moins ancrées dans la durée.
En tant qu’étrangères, nous nous inscrivons pleinement dans cette dynamique. Au début, nous étions perçues avec curiosité, parfois avec distance. Progressivement, à travers notre présence régulière, notre posture d’écoute et les relations que nous avons construites, nous avons senti un basculement.
Certains gestes simples, comme un sourire plus spontané, une discussion qui se prolonge ou une confidence partagée, sont devenus des marqueurs forts de cette confiance qui s’installe.
Ce que nous retenons de notre volontariat au Guatemala
Au fil des semaines, nous comprenons que construire la confiance ici demande du temps, de la constance et beaucoup d’écoute. Mais une fois installée, elle devient un levier puissant qui permet aux femmes de s’exprimer, de partager et peu à peu de se projeter avec plus de sérénité dans leurs projets.
À l’inverse, les femmes qui participent aux ateliers collectifs font souvent face à des conditions de vie plus précaires, ce qui renforce l’importance de ces espaces : des lieux où la parole peut se libérer progressivement et où la confiance peut commencer à s’installer.
Impulso : accompagner avec humilité et transmettre pour faire grandir
Cette expérience nous rappelle chaque jour que le changement ne se décrète pas. Il se construit dans la relation, l’écoute et le respect du rythme de chacun.
Chez Impulso, notre rôle n’est pas d’apporter des solutions toutes faites, mais d’accompagner avec humilité les personnes que nous rencontrons. À travers le partage de compétences et la transmission de connaissances, nous cherchons à renforcer l’autonomie des femmes entrepreneuses afin qu’elles puissent développer leurs activités et concrétiser leurs projets sur le long terme.
Au Guatemala comme ailleurs, nous sommes convaincues que la confiance est le point de départ de toute transformation durable. C’est elle qui permet aux savoirs de circuler, aux initiatives d’émerger et aux personnes de révéler pleinement leur potentiel.

