Notre consultante solidaire Margot, actuellement sur le terrain nous fait part de son expérience de volontariat à Otavalo, en Équateur.
Entreprendre en Amérique latine : une réalité différente de la France
Qui n’a jamais rêvé d’être à la tête de sa propre entreprise, de créer son projet, qu’il soit familial ou innovant ?
Personnellement, j’ai eu beaucoup d’idées qui sont restées dans l’application de mes notes sans jamais voir le jour. Parce que je m’imagine tout ce qu’il faut savoir, tout ce qu’il faut anticiper, toutes les étapes à maîtriser avant même de commencer.
Créer devient alors une montagne.
Ici, en Amérique latine, cette montagne semble beaucoup moins haute. Non pas parce qu’elle l’est réellement, mais parce que sa perception est différente. Ce n’est pas forcément plus facile. C’est simplement que, pour beaucoup de femmes, entreprendre n’est pas une option parmi d’autres : c’est une nécessité.
Créer une micro-entreprise n’est pas toujours un projet mûrement réfléchi pendant des mois. C’est souvent une réponse directe à un besoin vital. Alors les femmes que nous accompagnons se lancent, même sans avoir toutes les clés en main, même sans structure parfaite, même sans plan détaillé.
Et comme si une seule activité ne suffisait pas, la plupart cumulent plusieurs sources de revenus, voire plusieurs commerces à la fois.
L’entrepreneuriat féminin en Amérique latine : observer, adapter et avancer
Dans de nombreux cas, les activités s’appuient sur ce qui existe déjà.
On retrouve souvent les mêmes produits, parfois aux mêmes prix, avec des façons de communiquer relativement similaires d’un commerce à l’autre.
Au début, cela m’a surprise. En venant de France, j’ai été habituée à entendre qu’il faut absolument se différencier, innover, trouver son avantage concurrentiel.
Au marché artisanal, par exemple, les stands proposent souvent les mêmes vêtements, les mêmes styles ou les mêmes couleurs. Pourtant, cette réalité répond à une logique très différente.
Lorsque l’objectif principal est de générer rapidement des revenus pour faire vivre sa famille, s’appuyer sur un modèle qui fonctionne déjà est loin d’être absurde. C’est même une stratégie particulièrement rationnelle.
On observe, on reproduit, on adapte légèrement, puis on avance.
L’innovation, elle, demande du temps, de la stabilité, parfois des investissements financiers ou des ressources supplémentaires. Et ces conditions ne sont pas toujours réunies.
Trouver sa place en tant que volontaire
Face à ces femmes courageuses, nous sommes rapidement tentés d’apporter davantage de structure, des méthodes, des outils ou une vision plus organisée du développement d’entreprise.
Mais le risque existe : celui d’imposer une logique occidentale qui ne correspond pas forcément à la réalité locale.
L’enjeu n’est pas de transformer ou de corriger. Il est d’accompagner.
Notre rôle consiste davantage à apporter quelques éléments supplémentaires sans bouleverser ce qui existe déjà. Suggérer une nouvelle idée, encourager une petite amélioration, montrer qu’il est parfois possible de se démarquer grâce à des changements simples.
Non pas pour transformer leur réalité, mais pour élargir le champ des possibles.
Nous sommes aussi là pour favoriser la prise de recul et la réflexion.
Par exemple, s’aligner sur les prix pratiqués par les concurrents peut sembler logique pour rester compétitif. Mais il reste essentiel de vérifier qu’à la fin de la journée, l’activité est réellement rentable et permet à ces femmes de vivre de leur travail.
Ce que l’entrepreneuriat féminin en Amérique latine nous apprend sur le travail
Derrière ces façons d’entreprendre, c’est aussi une autre vision du travail qui apparaît.
On entend souvent dire que le rythme de vie en Amérique latine est plus lent. D’une certaine manière, c’est vrai.
Les priorités ne sont pas les mêmes, les outils non plus, et les méthodes de travail encore moins.
Il y a quelque chose de plus souple, de moins cadré, parfois de plus lent dans le rythme quotidien.
Mais cela ne signifie absolument pas que l’on travaille moins.
Au contraire.
Claudia, l’une de nos bénéficiaires en Équateur, tient une alfarería, un atelier de poterie. Elle travaille avec sa mère et sa fille dans une activité familiale qui se transmet depuis trois générations.
Toutes participent à chaque étape de la production. Elles vont elles-mêmes chercher la terre à la main avant de la transporter jusqu’à leur atelier, installé directement dans leur maison.
Ses deux jeunes garçons, âgés de trois et cinq ans, participent eux aussi à la vie quotidienne. Ils aident spontanément à faire la vaisselle, à étendre le linge ou à accomplir de petites tâches adaptées à leur âge. Non pas comme une corvée, mais comme quelque chose de naturel.
Ici, peu importe l’âge ou le genre. Chacun contribue à sa manière.
Le travail est profondément intégré à la vie familiale. Il fait partie du quotidien, de l’apprentissage et de la transmission.
Alors oui, le rythme peut parfois sembler plus lent à nos yeux. Mais l’engagement, la persévérance et la capacité d’adaptation sont omniprésents.
La véritable montagne n’est pas toujours celle que l’on imagine
En tant que volontaires, nous sommes venus pour accompagner ces femmes dans le développement de leur activité.
Pourtant, au fil des semaines, nous réalisons que nous apprenons autant qu’elles.
Nous découvrons qu’entreprendre ne repose pas uniquement sur des business plans, des stratégies ou des outils. Nous découvrons aussi la force de l’action, la capacité à avancer malgré l’incertitude et la détermination à construire quelque chose avec les moyens disponibles.
Finalement, la montagne n’est peut-être pas toujours là où on le pense.
Parfois, la difficulté n’est pas de créer. Elle est d’oser commencer.
Et s’il y a bien une leçon que ces femmes entrepreneuses nous transmettent chaque jour, c’est que la ténacité reste souvent le plus puissant moteur de l’entrepreneuriat.
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